Il y a des vies qui attendent,
en silence, qu’on vienne les écrire.
J’écris depuis que je suis enfant. Non par discipline, ou par ambition, mais plutôt par nécessité. L’écriture a toujours été un moyen pour moi de faire tenir le monde, dont je transformais le chaos du vivant en quelque chose qu’on pouvait relire, transmettre, garder. Longtemps, j’ai mis cette aptitude au service du journalisme : dix ans à recueillir des paroles, à mettre en forme des récits professionnels, à rendre visible ce qui, sans mots, serait resté dans l’ombre.
Mais quelque chose, peu à peu, m’appelait ailleurs. Vers le plus intime. Vers ce qui ne se dit pas en conférence de presse, ce qui se chuchote autour d’une table, ce qui se perd si personne ne prend la peine de l’écrire. C’est ce mouvement-là, ce glissement du public vers le privé, du professionnel vers l’humain, qui m’a conduite à la biographie familiale.
« Les recettes de cuisine sont une porte d’entrée vers l’histoire. Ce que l’on transmet dans une cuisine, c’est bien plus qu’un savoir-faire : c’est une mémoire entière, une géographie affective, parfois un siècle de vie condensé dans le geste d’une main. »
Cette conviction, je l’ai d’abord éprouvée dans ma propre chair. Mon podcast, Les Oranges de Jaffa, est né d’une quête personnelle menée entre la France et la Pologne — une enquête sur mes racines, sur ce que ma famille avait tu, sur les traces qu’elle avait laissées sans le savoir. C’est là que j’ai compris que la mémoire ne se transmet pas seulement par les mots qu’on prononce, mais aussi par les odeurs qu’on reconnaît, les recettes qu’on reproduit, et les silences que l’on hérite.
Depuis deux ans, je mets cette conviction au service d’autres familles. J’ai rencontré Monique, née en 1933, dont la fille m’a confié la trajectoire de vie avec une confiance qui m’a bouleversée. J’ai écrit, durant des semaines, l’histoire de cette femme comme on restitue quelque chose de précieux qu’on aurait failli perdre. Puis il y a eu Raymonde, enfant cachée, survivante de la Shoah : avec elle, j’ai choisi d’entrer dans l’histoire par la cuisine : ses recettes comme autant de fragments rescapés, de résistances tranquilles, de preuves que la vie avait continué malgré tout.
Je me pense comme une messagère. Vous me confiez une histoire, la vôtre, celle d’un parent, celle d’une aïeule, et je la transforme en un texte vivant : fidèle dans les faits, libre dans la forme, beau dans sa langue. Parce que raconter sa vie, je le crois profondément, c’est une façon de la comprendre. Et parfois, de la guérir.
Chaque biographie est une aventure singulière. Elle commence par une rencontre — souvent hésitante, toujours précieuse — où vous me livrez, à votre rythme, ce que vous souhaitez voir traverser le temps. Elle se poursuit dans l’écoute, la reformulation, la recherche du mot juste. Elle s’achève dans un livre, un manuscrit, un document que vous pourrez tenir entre vos mains et transmettre à ceux qui viennent après vous.

L’histoire de Monique
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Les oranges de Jaffa – Documentaire familial sur la famille Gringras
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